Aragatz : Collège

Bonjour, âgée aujourd'hui de 35 ans, j'ai souffert de harcèlement scolaire dans presque toute ma scolarité, mais principalement dans mes années collège. Pas de violence physique, mais plutôt verbale et psychologique, et quelques dégradations. Pas seulement de la part d'élèves, mais aussi de quelques enseignants (pas tous), soit qui "cautionnaient" indirectement en laissant faire, soit qui m'accusaient de "donner le bâton pour me faire battre" (parfois mon père me le reprochait aussi du fait que je ne savais pas me défendre, recevant d'ailleurs des conseils contradictoires sur la conduite à tenir lorsqu'on m'agressait et que je ne savais pas pour lequel opter...), soit en participant plus concrètement aussi !
Ayant déjà écrit un livre, je ne vais pas tout réécrire, je vais essayer de résumer en gros les faits : jets d'escargots (dont je suis phobique) pendant une sortie scolaire en fin de 5ème, de la part d'un garçon qui m'insultait déjà à l'origine, contre lequel je m'étais plainte un mois avant à la CPE, et qui je pense s'est vengé en se servant de ma phobie de escargots que j'avais eu le malheur d'avouer dans une discussion entre copines et qui ne lui a pas échappé... Comme j'en avais dans mes vêtements et sur moi, je marchais bizarrement, toute ma classe (meilleure amie de l'époque comprise !) m'en lançait aussi, entraînée par le mauvais exemple... Sous l'indifférence de l'enseignante de SVT qui nous accompagnait et qui m'engueulait, moi, en disant que j'étais ridicule et que j'allais être punie. Et me rétorquant que j'irais en classe comme tout le monde quand je lui ai dit que je ne pouvais pas continuer les cours dans cet état-là (car il y avait cours après) ! Je l'ai signalé à la CPE qui a appelé ma mère, m'a débarrassée des bestioles et consolée, et j'ai appris après que la classe était en retenue le mercredi après-midi. En me ramenant à la maison où je me suis douchée et changée, ma mère était écoeurée de ce qu'on m'avait fait subir... Heureusement que c'était la dernière semaine de cours...
En 4ème, les 2 profs d'EPS filmaient des matchs de handball des 3 classes de 4ème de l'époque réunis pour l'occasion. Je précise que je détestais le sport, n'en pratiquais jamais hors école, n'y comprenais rien et du coup, ignorance et manque d'entraînement me rendaient pataude et maladroite. J'étais toujours choisie en dernier pour former les équipes, et même en groupes + petits, personne ne voulait jamais se mettre avec moi (même chose en arts plastiques, sciences physiques et SVT et technologie, où le prof devait à chaque fois me parachuter de force dans le 1er groupe venu qui me faisait sentir son hostilité au point de ne pas vouloir me faire participer de peur que je fasse tout rater pour m'accuser ensuite de n'avoir rien voulu faire !). Lorsque mon équipe a joué, un des 2 enseignants filmait de mon côté mais je ne voyais rien venir. Lorsque les matchs ont été finis, les profs ont diffusé le film et lorsque le tour de mon équipe passait... C'était moi qui occupais l'écran ! Bien malgré moi, mais pour mettre en avant ma "nullité" de façon humiliante. Je pense aussi que ces 2 enseignants ont diffusé la vidéo en salle des profs. Mes parents étaient furieux mais aussi désemparés que moi. Avec le recul, nous aurions dû exiger de récupérer la cassette vidéo et l'effacer ou la détruire...
C'est en fin de 4ème qu'une bande de 4 filles, avec lesquelles mes rapports étaient avant sans plus, se sont mises du jour au lendemain à m'insulter et me donner des surnoms odieux : "la cloche", "la gourde", "la nunuche", "la glu", "la bécasse", à m'envoyer balader quand on avait le malheur de se croiser, à se moquer de mon ignorance des garçons et du sexe (entretenue par mes parents...), se moquer de tout chez moi (mes goûts vestimentaires et musicaux, mes idées, mes opinions, mon origine sociale > père cadre, alors que la plupart de mes petits camarades étaient enfants d'agriculteurs, artisans ou ouvriers, ma personnalité timide, maladroite et pas défensive, mon statut de fille unique "archi couvée-pourrie-gâtée", mes rituels et codes étaient différents, donc ne méritaient à leurs yeux que du mépris). Mais la leader était l'une de mes meilleures amies en CM2 et 6ème et fille de la comptable du collège, alors elle tempérait ses 3 amies, en porte-à-faux entre notre ancienne amitié et la surveillance lointaine de sa mère, sentant que celle-ci saurait vite ses incartades... En voyages scolaires elle critiquaient ce que je mangeais (ou plutôt ne mangeais pas, étant très difficile et n'aimant presque rien), mes rituels d'hygiène, et essayaient même de me perdre en ville !
En 3ème, elles continuaient, au point que toute la classe ne me parlait plus. Je pense que 2 ou 3 élèves plus sympas auraient bien continué à ma parler et essayer de m'aider, mais n'osaient pas à cause de cette omerta implicite qui régnait contre moi, ou ne savaient pas par quel bout commencer.
J'ai tout essayé comme réactions : soumission, fuite, évitement, humour, indifférence, cris, larmes, gifle même (avec pour résultat : "Ouh, j'ai peur" dit d'un ton moqueur par le giflé, sous les rires de tout le monde envers moi), mais rien ne changeait jamais...
Mais j'avais peur, mal au ventre en partant en cours chaque matin et j'essayais de me faire porter malade, ce qui ne prenait pas (il aurait fallu que je vomisse avec 40 de fièvre pour être crédible aux yeux de ma mère). Mes parents essayaient parfois d'appeler la CPE (une nouvelle depuis la 4ème, moins sympa et moins efficace que la précédente) pour qu'elle fasse quelque chose, mais elle leur faisait comprendre que je n'étais plus un bébé, que je devais savoir régler mes problèmes toute seule avec mes camarades, qu'ils ne seraient pas toujours là pour me sauver, d'arrêter d'accourir à chaque fois que je leur signale une insulte envoyée par un autre élève etc... Du coup ils n'osaient plus rien faire sinon compatir, et me forcer à aller au collège en m'arguant que "ce serait encore pire si je n'y allais pas"...
Au niveau dégradations : c'était des crachats ou dessins à la craie de pénis en érection sur mes vêtements ou mon sac, de découper en franges un jean neuf (3ème) ou de me mettre de force du rouge à lèvres rouge vif indélébile (3ème), vols fréquents de chouchou ou de capuche amovible (tout le monde se les lance en riant pendant que j'essaie de les récupérer désespérément).
Mes résultats jusque-là très bons presque partout se sont effondrés (donnant raison malgré moi sur la "bêtise" qu'on croyait de moi), j'ai dû redoubler ma 3ème. J'ai réclamé là aussi le CNED à mes parents, mais là aussi refus (pour ne pas me "couper du monde") en me proposant plutôt d'aller en collège privé, mais en me laissant le choisir.
Je suis devenue interne dans un collège-lycée tenu par d'adorables religieuses, et avec des enseignantes très compréhensives, ça a été d'abord difficile lors de mon redoublement, mais après j'avais une chambre en ville et je pouvais mieux gérer. Niveau amitiés, c'était beaucoup mieux, même si j'attirais encore malgré moi des petites tendances à me viser par des rares blagues ou remarques piquantes, mais qui n'étaient rien à côté de ce que j'ai subi au collège public avant...
J'ai entamé dès ce redoublement un suivi psy en CMPP (centre médico psycho pédagoqique, gratuit), que j'ai toujours actuellement (en CMP, centre médico psychologique, gratuit aussi, pour adultes) car restée fragile depuis. Méfiance, timidité, stress, pas confiance en moi, sous-estime de moi, pessimisme, paranoïa, tout cela m'est resté...
Mais mes résultats scolaires n'ont plus jamais été comme avant, car j'ai enchaîné avec les redoublements de 2nde, terminale L (par le CNED cette fois enfin) et 1ère année de fac psycho... D'où aussi échecs estudiantins (j'ai également raté une formation de secrétaire médicale, puis un CAP Petite enfance) et donc échecs professionnels (je n'ai effectué de toute ma vie que de rares et courts stages, qui se passaient mal la plupart du temps). Je ne travaille pas simplement par peur que ce harcèlement me poursuive, attisé par ma fragilité d'origine, dans le milieu professionnel, sous une autre forme plus insidieuse. Je n'ai évité la rue que grâce à ma famille.
Je me suis passionnée il y a 9 ans pour une "personnalité", mais ayant la chance (ou la malchance ?) de la contacter plusieurs fois par mail et de la rencontrer à plusieurs reprises lors de conférences, je me suis de plus en plus intéressée à elle jusqu'à ce que de malencontreux événements me fassent réaliser que je la ... harcelais aussi ! Comme si ce que j'avais accumulé depuis des années avait eu besoin d'éclater et que ça ait visé cette personne qui n'y était pourtant pour rien (c'était un homme). Il a eu l'amabilité de ne jamais porter plainte, et je lui en suis reconnaissante car je n'aurais pas pu le dédommager financièrement.
Aujourd'hui, ça va mieux malgré toutes ces séquelles, je suis désormais très bien mariée depuis 5 ans, et j'ai quitté ma région d'origine en me mariant. Nous ne pouvons hélas pas avoir d'enfants.
Je veux d'ailleurs lutter fermement contre la violence et le harcèlement scolaires, ces fléaux qui deviennent de pire en pire (avec le progrès des moyens de télécommunications, sévit depuis quelques années le cyber harcèlement), surtout en tant qu'ex victime, mais je ne sais pas encore trop comment m'y prendre (et avec ce que j'ai dit sur le fait que j'ai harcelé une personne célèbre, je risque de passer pour une "donneuse de leçons" ! Mais tout le monde ne le sait pas forcément...).
J'espère que mon témoignage pourra déjà commencer par servir à faire bouger la cause à ma modeste mesure, et que parents, familles d'harceleurs et de victimes, personnels enseignants et non enseignants des établissements scolaires réagissent à temps et avec justice avant que n'arrivent des drames (suicides, coups mortels...) afin que les jeunes reprennent du plaisir à étudier et retrouver leurs amis sans avoir le sentiment de se rendre tout les jours au coupe gorge...
"Aragatz", femme de 35 ans, mariée, Ouest de la France