William : collège

Je m’appelle william et j’ai 28 ans.
La faculté de pouvoir se mentir est indispensable pour toute personne harcelée. Elle permet d’enfouir profondément les traumatismes. Pour moi, le refuge pris la forme d’un jeu vidéo (qui me sauva surement).
Aussi loin que je me souvienne…l’école rime avec souffrance... Du primaire à la terminale. 
Le problème est d’avoir effectué toute ma scolarité au même endroit. Je ne pourrais pas dire combien de coups j’ai reçu… La scène est toujours la même dans mon esprit…des élèves de mon école me mettent au sol et me donnent des coups de pieds. Il existait quelques variantes : des gifles, une jambe tordue dans un bus, des humiliations en 1 contre 1…un qui frappe et l’autre qui reçoit.
Les fois où je me suis rebellé… j’ai pris une gifle, au primaire, de la part du directeur (j’avais arraché un morceau de chair de la jambe d’un autre élève)… j’ai pris des colles au collège pour « m’être bagarré ». Mes blessures n’ont jamais été graves (il faut toujours se rouler en boule lorsqu’il y a beaucoup de monde qui frappe), un œil triple une fois avec radio, contusion, hématomes (ils ne frappaient jamais le visage habituellement). Je dissimulais à mes parents mes blessures lorsque cela était possible…La honte d’être « un souffre-douleur » et la certitude que se plaindre empirerait la situation, le sentiment pour les encadrants de la quiétude retrouvée alors que tout continue (j’ai pu expérimenter quand mon œil a été malmené).
Outre les violences physiques répétées, j’étais le dernier sélectionné en sport, derrière les rejetés habituels et le dernier quand il fallait constituer des groupes. J’étais continuellement victime de harcèlements verbaux et il n’y avait pas beaucoup de personnes pouvant m’appeler par mon prénom (je pense qu’ils ne le connaissaient pas) et l’intégralité du collège m’appelait par un sobriquet dérivé de mon nom de famille (qui me rend toujours fou). Il y avait toujours quelques petites blagues sympas du style : passer mon cartable sous les roues d’un bus, me retirer mes notes pendant un exposé (ça s’était de la part d’un enseignant et c'était très drôle), m’accuser de pelotage, me faire courir après mes chaussures, me prendre mon argent. Le jeu cruel des filles consistait à venir me voir pour savoir « si il était vrai que je voulais sortir avec elles » (imaginez la honte, une sorte de gage je suppose). 
Une amie que la nature n’avait pas gâtée subissait un harcèlement continu. La cruauté, dans son cas, n’avait aucune limite et j’étais heureux de pouvoir échapper pendant ces moments à mes tourmenteurs. Elle est aujourd’hui alcoolique, associable et elle a réussi à se faire reconnaitre handicapée suite à de nombreux problèmes de santé.
J’avais des difficultés à l’école et j’étais arrivé au collège en sachant ni lire, ni écrire. Mon père, qui venait d’être muter à l’endroit où l’on vivait, avait décidé de me prendre en main. Je dois avoir des troubles de l’attention et la seule façon de me faire retenir des cours était la seule chose que je comprenais… les baffes. Le savoir ne rentrait pas (même avec une deuxième journée de cours chez moi)…réussir à faire d’un cheval boiteux, un cheval de course, ne m’a jamais semblé une bonne idée. Dans ce contexte de violence scolaire et d’échec personnel, j’étais une déception pour moi…pour mes parents. 
Les scènes de violence se sont arrêtées au lycée, après une altercation, suite à des harcèlements répétés en classe (des crayons dans les oreilles, du Blanco dans les cheveux, du marqueur dans le cou, des coups répété sur ma chaise toute l’heure de cours… et je dois encore être loin du compte et insultes qui vont bien). Ils ont été convoqués chez le proviseur du lycée et j’ai froidement raconté ce que je subissais sans omettre aucuns détails (je voyais son visage se décomposer au fur et à mesure, mais pour moi, c’était juste habituel). Ce proviseur est le seul de l’encadrement scolaire à avoir fait quelque chose. J’ai une haine viscérale pour ce qui ressemble de près ou de loin à un enseignant (ils font semblant de ne rien voir tant que cela ne perturbe pas le cours qu’ils font au mur).
Le harcèlement a stoppé avec mon entré à l’université… Un contexte impersonnel qui me convenait très bien. Mais quelque chose est brisé en moi. Je ne crois ni en moi, ni dans « les autres » (« l’enfer c’est les autres » Nietzsche non ?)…Les plus belles années de ma vie ! Celles où personne ne m’adressait la parole.

 

Edit : la citation est de Sartre et non de Nietzsche.